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L’art numérique, nouveau langage ou nouveau support ?

17 juin 2015

grotte chauvetComme la révolution numérique n’épargne personne ni aucun domaine, il fallait bien que j’explore comment l’art est également renouvelé par la généralisation des outils numériques, tant au niveau de sa production, que dans sa diffusion et sa réception par le public. En effet, l’art étant quasi consubstantiel à l’humanité, il a toujours évolué au cours temps avec l’évolution des supports de création et de diffusion et donc des techniques. De la grotte Chauvet aux expériences les plus avant gardistes d’environnements artistiques interactifs, l’intégration des technologies numériques a depuis une cinquantaine d’années progressivement fair évoluer les pratiques artistiques même si la majorité des artistes s’expriment encore avec des supports et des matériau plus « traditionnels » comme le papier, la la toile, la terre ou le bronze pour ne parler que des arts plastiques.

Comment peut-on définir les arts numériques ?

code-sourceSi l’on est d’accord pour définir l’art comme un langage, moyen d’expression humain qui permet d’exprimer ce que d’autres langages ne peuvent pas forcément faire, l’art numérique est une catégorie artistique particulière qui utilise les spécificités du langage numérique. Rappelons ici que le numérique, avant de devenir une culture avec l’explosion d’Internet et de ses usages est d’abord un langage binaire composé de 0 et de 1. On parle même de langage informatique, base de la programmation informatique, des logiciels et des fameux algorithmes dont on parle beaucoup aujourd’hui. Il se trouve que les prémices de l’informatique dans les années 60 coïncident avec le décloisonnement des catégories artistiques qui permettent l’avènement des installations, des situations et autres environnements artistiques où se mêlent du son, de l’image, de la vidéo et différents supports artistiques. Ce mouvement de décloisonnement va grandement favoriser l’émergence des arts numériques qui par nature peuvent être multi-supports et multimédia.

Quelles sont les innovations induites par les supports et les outils numériques ?

osmose

Osmose – Char Davies -1995

C’est une constante dans le numérique. Le point le plus disruptif que permet le numérique, c’est à dire le plus en rupture par rapports aux technologies plus anciennes, c’est l’interactivité. Le spectateur peut (enfin) devenir pleinement acteur de l’oeuvre. C’est d’ailleurs un reproche que les artistes opposaient à l’ordinateur, accusé d’isoler son utilisateur et de ne pouvoir pleinement impliquer le corps et ses capacités sensoriels C’est donc plutôt vers ce que l’on va appeler l’art des interfaces que les artistes vont se tourner. L’idée est de pouvoir amplifier, augmenter ou transformer la perception que nous avons du monde en étant immergé dans un univers ou une installation mêlant différents espaces, physiques ou virtuels. C’est le couronnement des environnements de réalité virtuelle ou réalité augmentée qui constituent aujourd’hui les grandes catégories des arts numériques. Rappelons que dès 1994, l’artiste Char Davies, explorait les possibilités de l’oeuvre de réalité virtuelle avec Osmose, une expérience artistique qui proposait une navigation virtuelle rythmée par la respiration grâce à un visiocasque et une combinaison truffée de capteurs.

Justement de quels matériels ou de quels logiciels ont désormais besoin les artistes ?

casquesFinis les pinceaux et le burin du sculpteur. Place aux capteurs sensoriels, aux casques stéréoscopiques, aux bases de données tri-dimensionnelles et aux tours cybernétiques. Les artistes doivent se plonger dans un outillage numérique de plus en plus complexe, mêlant à la fois ce qu’on appelle le hardware avec du nouveau matériel qui fait appel à la robotique et aux interfaces hommes-machines, et dans le software, avec le monde des logiciels, les possibilités offertes par l’intelligence artificielle et le monde des données.

Quelles sont les perspectives de ces nouvelles formes de création ?

postmodernitéOn peut dire que le numérique est en train de donner de nouvelles frontières à l’art qui, d’une certaine façon, tournait un peu en rond depuis la fin des grands plasticiens du 20ème siècle et l’avènement de la post-modernité. L’arrivée du numérique est sans doute une révolution majeure dans l’art comme il l’est pour les sociétés humaines. L’art ayant toujours eu les supports de son époque il est assez logique que les artistes se saisissent des opportunités offertes par les nouvelles techniques numériques pour s’exprimer. Ils peuvent aussi être des vigies, des phares pour nous alerter sur les limites de ces technologies qui envahissent peut à peu nos vies jusqu’à interroger la notion même d’humanité avec les mouvements transhumanistes.

Quelles sont limites de ces nouveaux supports artistiques ?

A l’heure de la restauration de la grotte Chauvet dont les peintures ont été exécutées il a près de 30 000 ans, nous devons nous interroger sur la durabilité de l’art numérique. Etant donnée l’obsolescence programmée des machines électroniques qui servent de support à l’art numérique, la question de la conservation des oeuvres se pose de façon aiguë.

Ces nouvelles formes d’expressions artistiques ne sont-elles pas aussi toujours réservée à un public très restreint, à une élite, à un microcosme ?

hackmychurchEt bien pas seulement. C’est une des caractéristiques majeures du numérique : sa capacité à démocratiser l’accès aux outils de communication, et pas seulement dans leur consommation mais aussi dans la production. C’est ce que fait Muséomix, un évènement assez original qui propose de remixer les formats traditionnels d’exposition des musées en utilisant les technologies numériques et en mobilisant les talents et l’imagination de différents univers (designers, bricoleurs, électroniciens, geeks) dans des marathons créatifs de plusieurs jours.

Le succès de ce format dynamique et convivial s’applique même à l’Eglise ! Une centaine de passionnés de Dieu et des technologies numériques (et ou ça existe) ont investi l’église de Sainte Blandine de Lyon pour explorer, tester et créer les nouvelles formes d’expression artistiques et liturgiques à l’heure d’Internet, des robots, des QR codes et des réseaux sociaux. Cet évènement unique en son genre s’appelle Hack my church et il invite tous les curieux à remixer l’église.

 Podcast 2

Retrouvez le podcast de cet article diffusé sur RCF


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