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Les hackers, pirates ou militants de la libre information ?

7 décembre 2012

Man with the painted Guy Fawkes mask

Le masque des Anonymous

Comme dans la vraie vie, il existe dans le monde virtuel plusieurs formes d’illégalités qui vont jusqu’à la criminalité, que l’on appelle d’ailleurs cyber-criminalité avec des bandits de grand chemin, des escrocs en bande organisée et des petits voyous mais aussi un ensemble de bidouilleurs informatiques dont l’objectif n’est pas malveillant mais dont les méthodes et les moyens sont souvent à la marge ou à la frontière de la légalité.  On a souvent tendance à mettre tout le monde dans le même panier alors que la réalité est plus complexe et surtout très différente.

La traduction du mot anglais hacker c’est pirate et il est très important de préciser ici qu’il existe une grande différence entre les hackers, par exemple entre ceux qui cherchent exploiter une faille essentiellement pour en tirer un profit financier et ceux qui le font pour contribuer à réparer une faille, par jeu, par plaisir ou même, nous le verrons par idéologie, pour défendre des valeurs. Les mauvais hackers sont appelés les black hat, chapeaus noirs, voir les crashers, et les bons hackers sont les chapeaus gris.

D’ailleurs le mot pirate vient du grec qui signifie tenter sa chance, l’aventure, être entreprenant. Sous l’antiquité ce mot a dérivé pour désigner ceux qui étaient en dehors des normes, du droit pour enfin désigner ensuite les bandits des mers.

C’est intéressant car on retrouve dans cette racine une des caractéristiques des hackers, celle d’entreprendre la résolution d’un problème du à une faille ou à une vulnérabilité d’un système en ceci dehors des normes d’un système. La plupart des hackers ne font pas de piratage pour gagner de l’argent mais pour sentir les frissons de l’illégalité en utilisant leur intelligence.

« Je fais cela seulement parce que je me sens bien, mieux qu’avec n’importe quoi d’autre. La décharge d’adrénaline que je reçois quand j’essaie d’échapper à l’autorité, le frisson que je ressens après avoir écrit un programme qui réalise quelque chose qu’on croyait impossible à faire, et la possibilité d’avoir des relations sociales avec d’autres hackers, tout cela est passionnant. »

Il y a un paradoxe dans cette communauté car les hackers doivent être par définition anonymes pour pas se faire attraper et dans le même temps il existe un grand esprit communautaire chez les hackers qui vivent de la reconnaissance du groupe, des exploits qu’ils ont réalisés.

De façon plus large le hacking est aussi l’ensemble des activités qui détournent les fonctions d’un objet, d’un système. Les hackers se retrouvent d’ailleurs dans de grandes fêtes créatives, les hakathons (hacker et marathon) où bien sûr ils retrouvent leur communauté et jouent des nuits entières à résoudre des problèmes informatiques ou détourner les fonctions d’objets, dans des concours de rapidité.

D’une certaine façon, le hacker remplit une fonction sociale à la marge du système dans un esprit underground.

Le hacker aurait donc une certaine éthique ?

Oui, mais une éthique assez subversive par définition. D’ailleurs son code éthique défini par le célèbre Massachusset Institute of Technology (MIT) appelle à une gratuité et une liberté totale de l’information et à se méfier de l’autorité.

En fait, ce code éthique est très inspiré par le mouvement des logiciels libres, qui, transposé aux contenus numériques a donné naissance à la notion d’information comme bien commun (common goods en anglais) un peu sur le modèle de l’exception culturelle française : les biens informationnels sont des biens à part car ils contribuent à éclairer la conscience de l’humanité  et donc, on ne peut pas les détenir de façon secrète ou en faire un commerce lucratif.

Qui sont les hackers ?

C’est aujourd’hui assez difficile à définir car depuis les pionniers du début des années 80 qui s’amusaient à détourner les règles des jeux vidéos ou à casser les protections anti-copie des logiciels, une immense communauté en réseau s’est développée à travers le monde, très éclectique, dans laquelle se côtoient des étudiants bidouilleurs, des spécialistes de l’informatique et des cyber-criminels.

Cela pose d’ailleurs des problèmes car d’une part on assimile des gens très différents sous le même terme et d’autre part il y a de plus en plus de « mauvais élèves » que l’on appelle les « script kiddies », ou « gamins du script », c’est à dire des apprentis hackers qui peuvent être dangereux par méconnaissance des systèmes qu’ils essaient de détourner.

Et puis, il y a des hackers beaucoup plus connus comme Kim Dotcom, le fondateur de Megaupload, la célèbre plateforme d’échange de fichiers qui a été récemment interdite, mais aussi Julian Assange et sa plateforme Wikileaks qui a fait du hacking des cables diplomatique sa spécialité.  Avec Julian Assange on rentre des la catégorie de ce qu’on appelle les hackivistes, (contraction de Hack et d’Activism), car leur objectif est clairement politique.

On peut aussi citer les Anonymous qui se sont fait connaître par de nombreuses et retentissantes attaques de deni de service qui ont pour but de rendre indisponible un service en inondant un réseau. Le nom Anonymous est inspiré par l’anonymat d’utilisateurs postant des images et des commentaires sur Internet. Ils portent un masque et revendiquent leur anonymat.

Ils ont participé et soutenu des mouvements politiques spontanés comme le mouvement « Occupy Wall Street » et la révolution de jasmin en Tunisie en permettant aux bloggueurs tunisiens d’échapper à la surveillance informatique du gouvernement tunisien, pourtant l’un des meilleur expert au monde. De la même façon, ils s’attaquent aux sites de sociétés, d’organisations ou d’Etat qui violent la liberté d’expression ou les valeurs qu’ils défendent. Ils se font notamment fait connaître avec une attaque de l’Eglise de scientologie, mais aussi de grandes sociétés comme Sony ou Mastercard et le gouvernement américain, coupable d’avoir fermé les plateformes Megaupload et Wikileaks.

D’une certaine façon, ces hacktivistes jouent un rôle de contrepouvoir dans le monde de lnternet en détenant collectivement un pouvoir technique qu’ils peuvent mettre à disposition des causes qu’ils défendent. Ils forment une sorte de « super-conscience » sur le web, incontrôlable et d’ailleurs incontrôlé. Sans doute un espace de liberté nécessaire dans un monde numérique très verrouillé.

Podcast 2

 

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