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Le BIM : quand le bâtiment fait sa révolution numérique

13 novembre 2016

image-bimEt BIM ! Encore du charabia numérique pour décrire cette fois-ci une transition numérique d’envergure, celle qui concerne l’immense secteur du bâtiment et de la construction. Personne n’échappe à la numérisation de son métier et l’ensemble de l’immense filière du bâtiment se retrouve donc aujourd’hui face à une mutation complexe dans l’articulation de ses différents métiers. Les architectes, thermiciens et autres acteurs du bâtiment n’ont bien sûr pas attendu le BIM pour numériser leurs plans et travailler avec des logiciels mais cet acronyme anglo-saxon qui signifie Building Information Modeling recouvre un réalité nouvelle qui promet de révolutionner la façon de travailler pour tous les acteurs du bâtiment, avec à la clé, une promesse de faire des économies substantielles.

Question rituelle pour bien comprendre de quoi parlons-nous aujourd’hui, qu’est que le BIM ?

Littéralement c’est la modélisation numérique des données d’un bâtiment ou d’une construction. Autrement dit on numérise, via des logiciels comme ArchiCad ou Revit, les plans d’une construction en deux ou trois dimensions. Vous allez me dire que cela n’est pas très nouveau car les architectes font cela depuis longtemps. Le BIM apporte plusieurs nouveautés. Tout d’abord il faut comprendre qu’avec le BIM, chaque partie d’un bâtiment peut devenir un objet modélisé numériquement. Une fenêtre, un mur, un élément de la structure, une tuyauterie, un radiateur. Tout devient objet numérique que l’on peut visualiser, déplacer, renseigner, partager. Les plans numériques sont donc désormais constitués de milliers d’objets en 3D et truffés de données techniques.

Tout d’abord, chaque partie prenante de la longue chaîne d’intervenants, de l’architecte au plombier en passant par le promoteur immobilier peut avoir accès au même document numérique qui devient partagé. Cela exige un véritable travail collaboratif, ce qui constitue déjà une petite révolution dans un secteur français du bâtiment composé de petites entreprises qui travaillent parfois en silo. Ce plan numérique partagé des bâtiments va bientôt faire référence puisqu’un premier permis de construire numérique a été signé il y peu de temps en Seine et Marne. Le BIM sert donc surtout dans la phase de construction des bâtiments mais aussi dans la phase d’exploitation sur plusieurs années car cela permet de prévoir l’entretien et de mieux assurer les rénovations en ayant accès à un document unique qui garde trace de tout ce qui se fait. Plus besoin de démonter un faux plafond pour repérer les gaines de ventilation défectueuses et commander une nouvelle pièce. Comme tout est référencé dans cette maquette BIM, on retrouve toutes les informations liées aux objets modélisés numériquement : situation dans le bâtiment, modèle, taille, prix, fournisseur, données techniques.

 Quels bénéfices pour tous les acteurs de la chaîne ?

Cochon tirelireIl existe de très nombreux avantages à travailler en BIM comme disent les spécialistes. Tout d’abord pour l’entretien et la rénovation comme nous venons de le voir car il faut savoir que l’exploitation d’un bâtiment sur plusieurs années coûte bien plus chère que la construction du bâtiment lui-même. C’est donc dans cette phase qu’il existe un vivier d’économies substantielles que le BIM promet de réaliser. Un autre bénéfice réside dans la résolution de problèmes techniques par un rapprochement des données fournies par les différents acteurs. Par exemple, le plan BIM va détecter immédiatement les conflits entre un mur et le passage d’une tuyauterie. Si le plan dessiné par l’architecte rentre en conflit avec le plan des tuyaux proposé par le plombier, cela se verra tout de suite. On gagne du temps et de l’argent car bien souvent, ce genre de conflits se découvrent sur le chantier, une fois le bâtiment construit. Autre avantage, on peut changer le bâtiment facilement en déplaçant ses différents éléments. On peut aussi plus rapidement commander les différents matériaux du chantier au gré des évolutions de cette maquette sans perdre de temps car tout est lié et tout est référencé. Un vrai bonheur pour les économistes du bâtiment.

Costruzione di una casaTraditionnellement, chaque corps de métiers faisait ses plans et les confrontaient sur le chantier. Désormais, c’est un véritable travail collectif qui est requis. Même si chacun peut encore dessiner dans son coin, la maquette BIM a vocation à regrouper l’ensemble des pièces du puzzle dans un unique document numérique. On peut même imaginer que dans quelques années tout cela se fera en ligne. Un document BIM connecté et interactif qui évoluera aussi vite qu’un vulgaire document de traitement de texte partagé par plusieurs personnes sur Internet.

Quelles sont les perspectives du BIM France et dans d’autres pays ?

Même si le démarrage du BIM est très lent en France il pourrait aisément s’y développer car nous disposons d’une très grande qualité d’ingénierie mondialement reconnue et de très bonnes formations. Les britanniques ont beaucoup d’avance car ils ont beaucoup investi et se sont basé sur la quantification des bénéfices de la généralisation du BIM. Le fameux pragmatisme anglais. De nouveaux métiers à fort potentiel apparaissent comme le fameux BIM manager, qui aura le rôle stratégique de cordonnées un travail collaboratif autour de cette maquette numérique. Un croisement de compétences humaines, de numérique et d’ingénierie. 

Quels limites à ce grand jeu de lego en ligne ?

La principales limite du BIM, outre la lenteur de sa mise en place, l’importance des investissements à consentir et l’acculturation à réaliser dans un secteur très traditionnel reste l’épineuse question la responsabilité juridique et de la gestion du risque en cas de sinistre. Avec autant d’acteurs autour de la maquette numérique, il est plus difficile de déterminer la responsabilité des uns et des autres dans cette longue chaîne collaborative. Le recours à une contractualisation sur-mesure et évolutive devrait permettre de répondre à cette question stratégique.

Mais au delà de ces freins et de cette inertie dans le changement, il est certain que nous sommes qu’au début d’une révolution profonde dans la façon de construire et de gérer des bâtiments. Même les plus anciens métiers du monde se numérisent !


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