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La curation : prendre soin des contenus du web

8 novembre 2013

curationDrôle de mot que celui de curation quand on parle d’Internet. On est plutôt habitués aux anglicismes et néologismes composés de termes techniques un peu abscons alors que curation est un vieux mot qui nous vient du latin curare, et qui signifie littéralement soigner, prendre soin. Plus connu avec les cures thermales ou encore le curé de village, le mot latin curare a donné en français le curateur qui désigne le mandataire de justice qui prend soin des biens d’une personne n’ayant plus les moyens de l’assumer. Dans le monde anglo-saxon le curator était celui qui s’occupait des oeuvres d’art dans un musée. Dans le monde étonnant du web qui se réapproprie de nombreux mots, le curateur est celui qui prend soin de web, c’est à dire qui permet à cette masse gigantesque et informe de données de prendre du sens, d’être analysée, éditorialisée, classée et partagée. Une fonction bénévole essentielle de chaque curateur qui, nous allons le voir comporte de nombreuses facettes.De quoi s’agit-il concrètement ?

De façon synthétique c’est l’acte de sélectionner, d’éditer et de partager du contenu à l’aide de différents outils sociaux issus des technologies du web sémantique, autrement dit celui qui crée du sens. Comme par exemple les agrégateurs de flux de contenus comme Feedly, des plateformes de veille et de curation de données comme Scoop it, Flipboard, Pearltrees, Paperly ou encore Storify. Chacun de ses outils ayant ses particularités et ses fonctions propres. Prenons un exemple simple. Je lis sur Internet un article passionnant sur le télétravail. Un domaine que je connais bien et dont je souhaite classer et archiver les informations que je collecte au fil de mes lectures. Et bien grâce à un outil comme Scoop it par exemple, un petit bouton dans mon navigateur web va me permettre de renommer cet article, d’y associer un commentaire, une synthèse et de le partager instantanément sur différents réseaux sociaux de diffusion comme Facebook, Twitter, Viadeo, Linkedin ou sur mon blog. Dans la même opération, je sélectionne, j’éditorialise et je classe cet article dans un tableau que j’ai nommé télétravail et auquel des internautes peuvent s’abonner d’un simple clic et donc suivre ma veille sur le sujet. Je peux faire de même auprès de curateurs du monde entier spécialisés dans un nombre infini de domaines. C’est de la veille gratuite, permanente et que l’on configure à sa mesure.

 Quel est l’intérêt pour les curateurs de faire ce travail bénévole ?

Ce travail collectif totalement bénévole permet de mettre de l’ordre dans l’infobésité croissante de l’Internet et cela rend service à tout le monde. La curation facilite l’accès immédiat à une information ciblée, commentée, évaluée par ses pairs. C’est en fait un travail de veille partagée car nous n’avons pas le temps de nous abonner et de suivre 50 médias spécialisés à la fois ! Si je veux du jour au lendemain tout savoir sur l’élevage des renards argentés, je peux, sans avoir recours à un service de veille spécialisé et onéreux, par un simple mot clé, m’abonner à des tableaux de veille réalisés par un ensemble de curateurs spécialistes et bénévoles de cette question qui vont enrichir quotidiennement cette information de niche. L’autre avantage pour les curateurs est celui de générer une certaine audience sur leurs tableaux de veille et donc de pouvoir promouvoir leurs propres informations. La curation est donc de plus en plus utilisée pour effectuer de la veille stratégique mais aussi promouvoir des marques et des valeurs dans la galaxie des réseaux sociaux. Enfin, la curation peut également constituer un excellent moyen de publier du contenu pour des sites et des blogs car cela se fait de manière automatique, rapide et gratuite. C’est ce que fait par exemple Google Actualités en agrégeant un ensemble d’actualités.

Quelle est la différence entre la veille et la curation ?

La différence est de plus en plus ténue et fait débat. Disons que la veille est une fonction ancienne assez normée, souvent très spécialisée et rémunérée, qui répond à un besoin précis d’un client. Elle n’inclut pas de commentaires d’experts ou d’appréciations personnelles et reste à destination exclusive du client. La curation est intéressée mais non rémunérée, et surtout elle implique l’opinion et le point de vue personnel du curateur et elle est par essence partagée avec d’autres. La curation intéresse tout ceux qui cherchent à développer une expertise sur des thématiques données et à faire connaître cette expertise.

 Comment faire une curation de qualité ? 

C’est tout le problème. Car si l’on se contente de retransmettre des titres d’articles sans les lire, sans leur ajouter une valeur particulière cela ne sert pas grand chose, si ce n’est que rajouter de la confusion et du bruit dans l’infobésité ambiante. Si la curation n’était que du transfert d’information on pourrait dire que retweeter un article ou re-publier une information sur son mur Facebook est de la curation, ce qui est inexacte. Pour faire une curation de qualité il faut je pense ajouter de la valeur. D’abord bien sélectionner ses sources, les vérifier et choisir celles qui ont une vraie valeur ajoutée car elles sont des créations originales et pas déjà le produit d’une agrégation. Ensuite, l’intérêt va résider dans le classement de cette information, son éditorialisation et dans sa redistribution. La vraie plus-value d’une curation est le classement et ce que je vais rajouter à l’information, un titre original, qui dit quelques chose de notre avis ou de notre opinion sur l’information, une critique ou un angle un peu provocateur fait pour déclencher un débat avec ceux qui nous suivent, bref, une touche personnelle qui rajoute notre propre valeur à l’information partagée. Mieux vaut publier peu mais avec de la valeur ajoutée.

 Comment mesurer cette qualité de curation ?

Je pense qu’il existe plusieurs indicateurs de mesure  comme par exemple le nombre d’interactions que notre publication suscite (le nombre de like ou de commentaire sur Facebook ou d’autres plateformes) ou le nombre reprises ou de re-transferts de l’information par d’autres. Et puis, sur des plateformes plus abouties comme celle du français Pearltrees, qui propose de classer des contenus sous la formes d’arbres de connaissance, la qualité du travail d’un curateur est la façon dont il va couvrir et organiser un sujet. Le travail de curateur, s’il est bien fait, peut s’apparenter à un véritable travail d’archiviste et de documentaliste. On pourrait dire que le curateur est en quelques orte le documentaliste 2.0

Quelles limites à cette nouvelle pratique ?

Certains critiquent la curation pour son non respect du droit d’auteur car effectivement certains se servent de cette pratique pour alimenter à moindre frais leur site en contenus de qualité. Mais il y a rien d’illégal dans le partage d’une information (sauf si celle-ci est explicitement protégée) et dans le monde actuel de l’Internet, partager devient une vertue, un passage obligé.  C’est un peu « Je partage donc je suis ». Disons qu’une curation faite de manière industrielle comme par exemple Google Actualités constitue une sorte de captation massive de contenus pour générer de l’audience. On comprend l’agacement les éditeurs de presse qui ont d’ailleurs vivement critiqué ce système et on-btenu une petite compensation mais on ne peut selon moi faire ce reproche aux millions de petits curateurs anonymes qui contribuent à un meilleur classement du web et donc à une meilleure visibilité des auteurs et des producteurs de contenus. Personnellement, j’y vois plutôt un risque potentiel d’appauvrissement du web si la plupart des curateurs se contentent de re-transférer de l’information sans valeur ajoutée, un peu comme les journalistes qui se contentent de transmettre des dépêches d’agences de presse. Je crois que dans l’éthique de la curation il serait bon que les curateurs soient aussi des producteurs d’informations.

Retrouvez le podcast de cet article


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