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Trading algorithmique et à haute fréquence : le numérique transforme-t-il la bourse en casino ?

13 octobre 2013

Elektronische KurstafelDans le contexte assez polémique qui entoure le monde de la finance mondiale, les observateurs ont parfois tendance à trouver facilement des bouc-émissaires qui expliqueraient les dérives et la cupidité des spéculateurs et autres traders. Or le monde de la finance utilise lui aussi et depuis longtemps les dernières évolutions des technologies de l’information et de la communication. Car les deux matières premières du trader, c’est l’information et le temps. Il est donc assez logique qu’il recherche à optimiser l’accès à l’information et la rapidité de sa circulation. Même si l’informatique et l’électronique sont au coeur de la bourse depuis une trentaine d’années, ce que l’on nomme désormais le trading à haute fréquence, s’est développé assez récemment et dans un contexte de crise économique et financière qui a braqué les projecteurs sur les acteurs de la finance et donc mise au banc des accusés cette finance électronique à très grande vitesse, suspectées de favoriser la spéculation au détriment des investissements. Qu’en est-il vraiment ?

Quelles sont les nouvelles formes de trading numérique ?

Le terme de haute-fréquence désigne en fait la haute fréquence des ordres d’achat et de vente passés à la seconde. Rendez-vous compte Florence,  peut désormais passer jusqu’à 200 ordres par seconde. Dans ce contexte chaque milliseconde de gagnée compte.  Aujourd’hui, il faut savoir que le prix d’une milliseconde de gagnée est 60 millions d’euros ! Ce qui en dit long sur l’important du temps gagné grâce à des infrastructures de fibre optique par exemple. Et le temps c’est de l’argent.  Je vois aussi dans ce terme haute-fréquence un clin d’oeil à la fréquence de cadencement des puces électroniques, le coeur des ordinateurs qui permettent d’effectuer une masse de calculs considérable en très peu de temps car on constate que l’acquisition de serveurs et d’ordinateurs extrêmement puissants en terme en capacité de calcul est nécessaire.

Le trading à haute fréquence permet à des ordinateurs de prendre des décisions complexes afin d’émettre des ordres sur la base d’information reçues électroniquement avant que des opérateurs humains ne soient capables d’e traiter des informations qu’ils observent. Ce terme de trading à haute-fréquence dont on a beaucoup parlé est en fait une catégorie de ce que l’on appelle plus largement le trading algorithmique. Concrètement des algorithmes spécifiques sont développés par des as de la finance et des mathématiques pour permettre à des machines d’acheter et de vendre des titres en décidant seules d’un ensemble de variables : l’instant d’ouverture ou de clôture (timing), le prix et le volume des ordres.

 Cette capacité « sur-démultipliée » à passer des ordres de change concerne aujourd’hui toutes les stratégies d’investissement, que ce soit le « market making », le spread intermarché, l’arbitrage, la spéculation. Il faur savoir que près de trois quarts des échanges au NASDAQ et plus de la moitié au CAC 40 sont réalisés de façon électronique.

 Comment cette forme de trading électronique s’est imposée ?

C’est assez illustrateur du débat entre l’homme et la machine. En 1994, une fraude importante est sanctionnée par l’autorité des marchés américaine, la SEC, suite au rapport Christie & Schultz. Près d’1 milliard de dollars d’amende sont payés et la SEC profite de cette fraude pour casser le monopole des intermédiaires. Tout le monde, et donc, directement les investisseurs eux-mêmes, peut désormais mettre en place ce qu’on appelle des ECN (Electronic Communication Network) pour échanger directement des ordres. Les différents opérateurs s’appuient alors sur les multiples avantages du trading électronique.

 Par exemple le fait qu’un ordinateur ne triche pas, qu’il ne ment pas, qu’il ne panique jamais. Bref, qu’il n’a pas les horribles défauts que peuvent avoir des traders émotifs ou cupides. En outre, cela permet aussi de faire baisser le coût des transactions en se passant d’opérateurs humains, beaucoup plus chers et plus lents que les machines. Ensuite, le trading électronique permet d’augmenter considérablement les liquidités du marché ce qui facilite les investissements et d’équilibrer les prix entre les places de marché.Enfin, cela permet de répondre à différentes exigences réglementaires  récemment crées comme, aux Etats-Unis.

 Quels sont ses inconvénients ?

 Il faut savoir que les traders sont essentiellement rémunérés au volume des transactions qu’ils passent donc ils ont tendance, grâce à ces plateformes électroniques à beaucoup plus échanger entre eux et cela favoriserait la spéculation. Par ailleurs, si un ordinateur ne panique pas, il peut aussi s’emballer et exécuter sans sourciller des millions d’ordres erronés comme ce fut le cas en 2002 où un ordre entré par inadvertance de 4 milliards de dollars au lieu de 4 millions par un courtier de la banque Bears Stern à fait chuter le Dow Jones de plus de 100 poins ! C’est près de 600 milllions d’actions échangées avant que l’on ne s’aperçoive de l’erreur. Ou encore en 2010, une erreur de programmation des machines a fait plonger le Dow Jones de 10% en quelques minutes.

 Enfin, les machines peuvent également mal interpréter les nouvelles financières qu’elles sont censées bien analyser et donc prendre de mauvaises décisions. C’est le risque d’un « trading de news ». On leur reproche aussi de se retirer très vite du marché quand cela chauffe un peu et de ne pas avoir de sang-froid. Ce qui très paradoxal, car le trading algorithmique s’est imposé sur une promesse d’éliminer certains défauts humains mais nous voyons qu’il n’a pas non plus toutes les qualités humaines et comportent d’autres défauts qu’il convient aussi d’encadrer car l’algo-trading comporte de véritables « risques systémiques » et il va avoir tendance à sur-réagir à cause de sa vitesse d’exécution, là où un humain pourrait jouer un rôle de pare-feu grâce à sa « lenteur ».

Quelles perspectives pour cette nouvelle forme de finance électronique ?

 Très clairement elle est en pleine expansion malgré ses défauts. Dans le même temps, les régulateurs et les législateurs avancent aussi de leur côté pour encadrer ces pratiques, imaginer des systèmes de pare-feu efficaces pour éviter des emballements systémiques pouvant provoquer des Krach et favoriser des spéculations trop fortes. Encore une fois, ce n’est pas les outils qui sont en cause mais leur utilisation. L’idée est d’être assisté par ordinateur et non pas remplacer totalement.

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