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Transhumanisme : plus de technique et moins humain

24 octobre 2014

The Birth of Artificial Intelligence« Real humans » : un titre évocateur  d’une série télévisée qui a fait sensation sur Arte en remettant au goût du jour un vieux rêve des scientifiques : améliorer et augmenter les capacités de l’homme grâce à la technologie. Dans cette série qui explore très habilement les différents leviers et dimensions d’un monde complètement assisté par des « hubots », une nouvelle génération de cyborgs, nous sommes encore dans la science-fiction. Mais cette série s’inspire de travaux et de recherches très sérieux et très avancés issus d’un courant de pensée dont on parle de plus en plus et qui intéresse les plus grandes firmes informatiques comme Google : le transhumanisme.

Qu’est-ce que le transhumanisme ?

Historiquement le transhumanisme c’est en fait une extension de l’humanisme dont il est en partie originaire. Littéralement c’est un mot-valise qui synthétise la condition d’un homme transitoire (transhumanisme) vers la « post-humanité ». Le transhumanisme est donc une branche de la philosophie post-humaniste qui affirme que l’homme est à un tournant et que les techniques vont lui permettre une mutation fondamentale qui le sortiront de ses contraintes biologiques et naturelles. Le transhumanisme est constitué de courants intellectuels assez hétérogènes qui affirment que la convergence des nouvelles technologies comme les nanotechnologies, les biotechnologies, les technologies de l’information, les sciences cognitives vont permettent une véritable extension de la vie humaine bien au-delà de ses limites naturelles.

Comment cela se traduit-il concrètement ?

Futur of youPar exemple avec la recherche du ralentissement du processus de vieillissement, l’amélioration de capacités physiques, sensorielles, émotionnelles et cognitives. Les transhumanistes travaillent également sur le téléchargement de l’esprit (le Mind uploading en anglais) qui est une technique bien sûr encore hypothétique mais qui pourrait permettre de transférer un esprit d’un cerveau à un ordinateur en l’ayant numérisé au préalable. Un ordinateur pourrait alors reconstituer l’esprit par la simulation de son fonctionnement, sans que l’on ne puisse distinguer un cerveau biologique « réel » d’un cerveau simulé. Un autre projet déjà réalisé est celui de tatouages électroniques qui permettent de suivre le rythme cardiaque, la température et donc un suivi médical à distance. Et puis, le géant américain Google, encore lui, vient d’officialiser l’acquisition de la start-up canadienne DNN research, une société qui travaille sur les réseaux de neurones biologiques et leurs applications aux machines, ou comment faire comprendre à des ordinateurs ce que les humains veulent leur communiquer.

Enfin, un milliardaire russe, Dimitry Iskis a lancé une initiative de recherche de fonds mondiale déjà soutenu par 18 000 personnes, une trentaine de chercheurs russes et le célèbre le futurologue transhumaniste Ray Kurzweil pour créer d’ici 2045 un homme cybernétique immortel !

A quelles techniques le transhumanisme fait-il appel ?

Don't be evilA un agencement de différentes techniques comme le génie génétique, la psychopharmacologie, les thérapies anti-âges, les interfaces neurales, les outils de gestion de l’information, les molécules d’amélioration de la mémoire, des nano-ordinateurs portables dans les vêtements et des techniques cognitives

Quelles limites et quels dangers dans les applications de ces recherches ?

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le transhumanisme avance masqué : ce courant de pensée de  s’appuie sur les diminutions naturelles de l’homme comme la maladie ou le handicap pour justifier des recherches qui n’ont pas pour objectif de parfaire l’humanité  mais nous arracher à l’humanité.

robot numériqueToutes ces recherches reposent sur beaucoup de promesses mais ne parlent que rarement de différents risques comme la dépendance aux technologies qui peuvent facilement tomber en panne, à l’énergie nécessaire pour faire marcher ces organismes électroniques et aux nano-déchets qu’ils représenteront. Il existe aussi des risques de piratages des systèmes électroniques embarqués comme en témoigne le récent du blocage d’un pacemaker via un réseau sans-fils par un hacker ou encore la dépendance vis à vis des nécessaires mises à jour des logiciels.

Par ailleurs, de nombreuses questions et problèmes de fond se posent. Tout d’abord, quelles limites tracent-on entre la réparation et l’augmentation de l’être humain ? Ce n’est pas la même chose. L’homme n’est-il que la somme de ses capacités (comme une machine) ou beaucoup plus ? Enfin, quels objectifs sont réellement poursuivis par les différents promoteurs de cette pensée ? On voit bien au travers de ces interrogations la question de la définition de l’homme qui est posée et de différentes théories qui la sous-tendent : naturalisme, personnalisme, positivisme, post-humanisme…

N’y-a t-il pas à travers l’expansion de ce mouvement une question fondamentale posée sur la définition de l’homme ?

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le meilleur de l’homme ne réside-t-il pas dans sa capacité à se calmer après une colère, à demander pardon quand il a fait de la peine, bref à se relever quand il tombe ?

Pour Jean-Marie Besnier, philosophe des technologies d’information et de communication et enseignant à la Sorbonne, le transhumanisme avance masqué : il accuse clairement ce courant de pensée de s’appuyer sur les diminutions naturelles de l’homme comme la maladie ou le handicap pour justifier des recherches qui n’ont pas pour objectif de parfaire l’humanité (ce qui en soit pose aussi de vertigineuses questions philosophiques), mais nous « arracher à l’humanité ». En bref, faire de nous des « êtres qui ne naîtront plus mais qui seront fabriqués », dont la vie psychique sera lissée, qui ne vieilliront plus grâce au téléchargement de la conscience, qui n’auront ni plaisir, ni souffrance, ni désir. Encore une fois, la technologie, qui fait partie de l’évolution humaine pose à l’homme la question de sa propre définition.

Pour conclure, on peut se demander justement si  le meilleur de l’homme ne réside-t-il pas dans sa capacité à se calmer après une colère, à demander pardon quand il a fait de la peine, bref à se relever quand il tombe ?

Qui peut souhaiter une société où l’imperfection n’a pas sa place ? Dans un monde sans violence, où les passions et les émotions sont régulées, contenues par la technique, où les artistes trouveront-ils leurs inspirations ? De Musset écrivait : « Ah! frappe-toi le coeur, c’est là qu’est le génie. C’est là qu’est la pitié, la souffrance et l’amour ; c’est là qu’est le rocher du désert de la vie…» Alfred reviens, il sont devenus fous !

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