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La génération Y est-elle digital native ?

23 novembre 2012

Drôle de question en effet avec encore des néologismes et anglicismes au menu et avec dans la même question deux notions sans doute peu connues que j’aimerai bien rapprocher dans ce billet, tant  l’ADN de cette fameuse génération Y me semble lié aux technologies numériques.

Pour bien comprendre, qui fait partie de cette génération Y et qui sont les digital natives ?

Et bien ce sont à peu près les mêmes. Selon Marc Prensky, qui a utilisé en premier l’expression « digital natives », les natifs du digital sont ceux qui sont nés avec le numérique et la génération Y, notion un peu plus large, concerne ceux qui sont nés entre 1980 et 1989. On ne sait d’ailleurs pas vraiment pourquoi on les appelle Y. Certains affirment que le Y fait référence aux deux fils des écouteurs de leur Ipod qui dessinent un Y autour de leur cou, soit encore parceque Y se prononce Why en anglais et que cette génération est une génération en quête de sens, la génération Why, la génération pourquoi ?

Et comment définir cette génération ?

Et bien on en dit à la fois beaucoup de bien et de mal en même temps. La génération Y est décrite par ses aînés comme ambitieuse, créative, agile, touche à tout, multitâche, aimant donner du sens à ce qu’elle fait, privilégiant la qualité de vie et les relations sociales. Elle est aussi perçues comme rétive à la hiérarchie, désorganisée, pas sérieuse, individualiste, superficielle, ne sachant plus écrire ni s’exprimer, bref, un revers de médaille de ses propre qualités.  Apple, la marque icône de cette génération, met des I devant toutes ses innovations : Iphone, Ipod, IMac ou IMovie. Et bien je trouve que cette génération pourrait aussi être caractérisée par plusieurs I. Celui de l’Interconnexion permanente, de l’Inventivité, de l’Individualisme et de l’Impatience.

Ce qui est frappant dans la description que l’on donne généralement de cette génération Y, c’est d’une part qu’elle recoupe souvent celle qui est faite des « digital natives », c’est à dire ceux qui sont nés avec le numérique et d’autre part qu’on peut deviner en filigrane l’influence des technologies numériques sur les comportements, les attitudes, les tropismes de cette génération.

Comme si le numérique avait complètement modelé cette nouvelle génération ?

Oui, en quelques sorte. Et si l’on regarde un peu les chiffres relatifs à son usage des technologies numériques cela n’aurait rien de très surprenant qu’il existe un lien de causalité. Le jour où j’ai compris que je n’étais pas un digital natif (et cela m’a mis un coup de vieux), c’est en face d’un jeune qui faisait 4 choses à la fois : je crois me souvenir qu’il était capable dans le même temps de jouer à un jeu vidéo, d’appeler sa copine, d’envoyer un texto, le tout en écoutant de la musique. Je ne suis pas sûr que tout était bien fait et si sa copine sentait une bonne attention de sa part mais j’ai compris ce jour-là que la notion informatique de multitâche était naturelle pour cette génération, habituée à jongler avec différentes interfaces communicantes en même temps.

En continuant le parallèle entre les caractéristiques de l’informatique et de cette génération, je me suis rendu compte que cette génération n’avait plus une vision linéaire du savoir car son approche a été fortement modelée par la navigation hypertexte qui est la caractéristique même de la navigation Internet.

De même, son refus de la hiérarchie et des systèmes verticaux peut être mis en parallèle avec la structure horizontale de l’Internet et des systèmes ouverts et collaboratifs qui sont la norme dans le monde des réseaux et du numérique. Pour la génération Y, c’est plus la compétence qui fait autorité dans le monde numérique que la fonction ou le grade du capitaine, la hiérarchie.

La notion d’impatience est également à mettre en parallèle avec la distorsion du temps dont nous avons parlé la semaine dernière. Le monde de l’Internet est celui de l’instantané, de l’immédiateté et cette génération veut tout et tout de suite, à la vitesse de twitter et des réseaux sociaux.

 D’autres parrallèles pourraient fait comme leur mode d’apprentissage qui est très empririque, basé sur la notion de bricolage, de remixage, de copier coller. Ils ont une mémorisation très visuelle, sont friands d’infographies, ont un sens de la communication virale, en réseau, les fameux buzz…. ils zappent très vite d’une information à une autre et cessent leur lecture après quelques phrases. Il aiment le travail en équipe, sur projet et en mode collaboratif, ils n’ont pas peur de la compétition et la recherchent même, par jeu. Ils ont un fort besoin d’autonomie et d’indépendance.

Toutes ces caractéristiques sont bien différentes des générations précédentes, comment se passent la cohabitation entre les générations, et notamment dans le monde professionnel ?

En effet ce véritable conflit de générations n’est pas sans poser de problèmes, bien sûr dans les familles mais aussi dans les entreprises où la révolution numérique est en marche et sans doute de façon irréversible. Par exemple, il ne reste plus qu’un quart de dirigeants d’entreprises qui ne connaissent vraiment pas le numérique. La grosse majorité des dirigeants est ce qu’on appelle des « immigrés du numériques », un peu comme moi : on n’est pas né avec et on a gardé l’accent du monde ancien, celui des livres et du papier. Et près d’un quart est désormais natif et il commence à imposer sa manière de vivre l’entreprise que l’on pourrait d’ailleurs appeler l’entreprises 2.0, notion que j’aborderai dans une autre émission.

Cette génération est très à l’aise avec beaucoup de notions que nous avons déjà abordé ensemble lors d’émissions précédentes comme le coworking, le télétravail ou la consommation collaborative. Ils participent au bouleversement du mode d’organisation des entreprises et cela ne se fait pas sans problèmes. C’est assez perturbant pour les managers, qui n’ont pas le même âge et pas les mêmes méthodes de management par exemple.

Mais ce qui est assez surprenant c’est qu’il existe en réalité un paradoxe dans l’attitude des générations précédentes car dans le même temps, les entreprises qui se méfient et qui critiquent parfois vertement cette génération Y sont très attirés par leurs compétences et leur agilité et se battent pour les attirer. Elles voudraient à la fois utiliser la singularité de leurs compétences liées au monde numérique tout en leur transmettant des valeurs du monde d’avant, où tout était plus lent, plus structuré, plus linéaire.

Je crois que ce conflit de génération est sommes toute assez classique même si je pense que nous vivons un moment assez particulier de basculement vers une société de l’information où, je le répète souvent, tout se transforme, très vite.

Podcast 2

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